24 – 29 octobre 2015 // A la découverte des transhumants mongols…

Nous voilà partis à dos de cheval sur les hauteurs de Kharkhorin pendant 6 jours, accompagnés de notre guide très sympathique. Nous passerons les 5 prochaines nuits dans les yourtes familiales nichées au coeur des vallées. Cette expérience est très authentique et nous permet de nous immerger dans la culture et le quotidien des Transhumants mongols. Transhumants et non nomades car les familles que nous avons rencontrées ne se déplacent qu’une fois par an, entre l’hiver et l’été. Cependant le nomadisme existe toujours en Mongolie mais seules quelques ethnies le pratiquent encore.

Vallée Mongolie

Première journée, nous faisons connaissance avec nos chevaux. Au pas nous traversons des portions assez vallonnées et boisées pour finir au trot au milieu d’une immense steppe.  Nous arrivons dans notre première famille d’accueil. Ici les gens ne sont jamais prévenus à l’avance des visites de voyageurs. L’accueil et l’hospitalité sont des valeurs fondamentales. Nous sommes généralement accueillis par un thé au lait salé ( « süütei tsai » en mongol) et parfois du lait de jument tout frais du matin (« aïrag » en mongol). Pour la nourriture il ne faut rien refuser c’est impoli et prendre ce qu’on nous tend par la main droite, jamais la gauche qui sert à autre chose…Quant au merci c’est un mot bien trop important pour le dire à tout va. Si on vous donne à manger il faut donc juste prendre et se taire, pas facile. Le merci n’est de vigueur qu’au moment de quitter nos hôtes. La vie dans une yourte est simple mais il y a de nombreuses règles à respecter: on entre dans la yourte par le pied droit sans rester sur le seuil car il symbolise la nuque du propriétaire. Une fois à l’intérieur on se déplace vers la gauche car le coin de la famille est à droite. On ne jette rien dans le feu qui est sacré et on ne passe pas entre les poteaux qui soutiennent la structure de la yourte. Ils représentent le couple.

Yourte

 

S’ensuivent le dîner et la nuit froide à même le sol.

Le matin au réveil nous sommes surpris par une tempête de neige qui a déjà recouvert le sol de plusieurs centimètres. Impossible de partir aujourd’hui, il faudra patienter un peu.

Tempête de neige Mongolie

Dès le lendemain nous reprenons la route et c’est un tout autre paysage qui nous accueille. Les vallées sont blanches, les ruisseaux gelés et quelques flocons continuent de tomber. Cette vue est à couper le souffle, sur des kilomètres il n’y a pas âme qui vive si ce n’est quelques troupeaux qui paissent et un vautour sagement juché sur son énorme nid.

Nous arrivons le visage rougi par le froid dans notre deuxième famille et quelle surprise à l’ouverture du couvercle de la marmite: une tête de chèvre, accompagnée de ses quatre pattes, cuit sous l’oeil bienveillant de la grand mère ridée par la rudesse du climat. Soline tournerait presque de l’oeil face au sourire macabre de la chèvre mais courageuse elle sait qu’elle devra goûter si c’est au menu. Le père de famille commence à déguster avec une faim de loup les pattes. Le cartilage craque sous ses dents.

Tête de chèvre

En attendant, on nous offre l’apéro: de gros raviolis aux abats. Je tente et je dois dire que ce n’est pas mauvais. Vient ensuite… la tête de chèvre. À l’aide d’une machette, notre guide nous découpe un morceau de joue chacun. Nous ne pouvons refuser. Après de nombreuses mastications nous avalons avec difficulté et sommes pris d’un petit rire nerveux. En plat principal la famille nous sert le fameux bouillon de pâtes au gras de mouton, seulement relevé de quelques herbes de pâturages, d’une pomme de terre et d’une malheureuse carotte rabougrie. Plus d’une fois nous aurons droit à ce mets typique, pas besoin de vous dire ce qui restera dans nos assiettes. Cependant en quittant la yourte la vue magnifique nous comblera et nous fera très vite oublier ce repas frugal.

Cette journée du 27 octobre est plutôt ensoleillée mais le froid persiste. À plusieurs reprises nous mettrons le pied au sol pour forcer les chevaux à passer les cours d’eau gelés. Mes petits pieds chaudement recouverts de 2 paires de chaussette en poils de chameaux, achetées au marché noir avant le départ, résistent plus ou moins aux températures négatives. Et ma paire de baskets fait toujours autant sourire les Mongols que nous rencontrons, emmitouflés dans leur « del » et leurs bottes fourrées recouvertes de feutre. Les chevaux ont aujourd’hui daigné aller au galop et notre guide est de plus en plus complice. Entre ses quelques mots d’anglais, de français et nos balbutiements mongols nous arrivons tout de même avec beaucoup de plaisir à échanger avec lui.  Bercés par le rythme de nos montures, nous poussons la chansonnette, sifflotons des airs et fumons des cigarettes. Le midi nous nous arrêtons en haut d’un col majestueux surplombant de part et d’autre deux vallées blanches.

Entre deux vallées

Perdus et enfoncés au milieu des valons mongols, nous arrivons après 5h de folles chevauchées et quelques traversées de rivières périlleuses, dans notre 3ème famille d’accueil. La découverte culinaire continue. Cette fois-ci je tire mon chapeau au yaourt fait maison qui me permettra de me rassasier après cette belle randonnée équestre. La maitresse de maison m’en servira d’ailleurs un second bol ce qui me comblera de bonheur (et oui il n’en faut pas beaucoup pour être heureux!). Pour la remercier de sa générosité j’enfile à nouveau ma doudoune et part avec elle débiter un tronc d’arbre que je découperai avec notre guide pour alimenter le poêle qui nous réchauffera durant la nuit, du moins les premières heures. Le repas est un bouillon de pâtes maison avec les abats d’une chèvre fraichement tuée. L’overdose de viande se rapproche. En dessert on nous sert un riz au lait mongol que nous avons renommé avec Soline « une soupe de riz au lait au fromage salé » 🙁

Soline me fait remarquer la tête de chèvre encore poilue et sanguinolente qui gît au pied du lit. Ici dans chaque yourte pend ou gît un morceau de « barbaque », leurs principales ressources étant la viande et le lait.

Nous nous endormons au son de la télévision alimentée par une batterie et deux pinces de voitures. Cette technologie, arrivée il y a environ une dizaine d’années dans les yourtes, reste pour la majorité d’entre eux le seul lien avec le monde d’où nous venons.

Au petit matin, le poêle est éteint. Les réveils sont donc souvent très frais et ne nous incitent pas vraiment à sortir de nos duvets.

Le guide et nous

Les parents de notre guide nous accueillent pour notre dernière nuit et nous sommes encore une fois très bien reçus avec notamment un excellent riz au lait maison. J’aurai ici le plaisir, éclairé à la frontale et allongé le long du poêle,  d’essuyer ma première défaite aux échecs face au chef de famille.

Cette randonnée a été une très belle expérience tant par la beauté des paysages que les rencontres faites. L’immersion dans la vie rustique a été totale. Les transhumants mongols mènent une vie RUDE mais BELLE et sont des gens extraordinairement solidaires aussi bien envers leurs compatriotes que des voyageurs étrangers.

8 Responses

  1. Anabelle

    Suivre vos voyages, au rythme des lignes émouvantes et authentiques que vous écrivez et des photos fantastiques que vous prenez est un vrai plaisir ! Je me connecte souvent sur cette page pour voir s’il y a eu des nouvelles 🙂
    Continuez à faire rêver ceux qui n’ont pas votre chance, et profitez encore plus chaque jours de la chance que vous avez su provoquer 🙂

    Prenez soin de vous !

  2. Ruth Euzet

    Quelle immersion au milieu de cette population mongole. C’est une expérience unique et un beau partage avec ces transhumants. J’imagine Soline devant la tête de la chèvre , sûrement un grand moment de solitude et de dégoût !!! Mais courageuse . Les paysages vus sous la neige aspirent à une certaine sérénité. Ce sont des espaces à Perte de vue . Continuez de nous faire vivre à travers l’objectif vos rencontres . C’est un régal, merci . Bisous à vous deux , prenez soin de vous ??

  3. Blandine

    Magnifique récit encore une fois… On ne se lasse pas de vous lire et vous relire…. A travers vos photos et vos récits, on se sent à vos côtés, totalement en immersion 🙂 . Continuez ainsi et profitez !!! Bisous

  4. Amélie Pade

    Coucou Christophe et Soline. Christophe, ton papa m’a transmis ton blog et je prends un plaisir intense à vous suivre régulièrement à travers vos photos et récits. Merci pour ce voyage que l’on suit grâce à vous 😉
    Continuez de nous faire rêver… Enjoy your trip. Bisous. Amélie

  5. Laurette

    le riz au lait est-il meilleur que celui de papa ? 🙂
    Un plaisir de vous lire !

    • christophe

      Salut Soeurette
      Ah non! Celui du pèros est nettement meilleur!!! 🙂 🙂
      Je t’embrasse

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