Aujourd’hui nous prenons le train direction Irkoutsk en Sibérie. Plus de 80 heures de route et 5 000 kilomètres nous attendent. Nous faisons quelques provisions et partons. A la sortie du métro trois gares autour de nous, la troisième sera finalement la bonne.

Le train semble être d’une autre époque et les toilettes aussi mais c’est du solide et les hits de Shakira à la radio nous ramènent vite au XXI ème siècle.

Christophe sur sa couchetteOn nous donne nos draps et nous nous installons confortablement sur nos banquettes à 1.5 m au-dessus du sol tandis que deux autres couchettes se trouvent en dessous de nous.

Ces quelques jours sont un appel à l’oisiveté, nous n’avons aucune contrainte mais tout le loisir de lire, dormir, boire du thé et méditer en contemplant les paysages qui défilent sous nos yeux. Christophe fait une petite sieste; au concerto à 3 ronflements en sol majeur de cette nuit s’ajoute le sien le temps d’une demi-heure. Puis il guette le monsieur-qui-vend-des-beignets car ce n’est pas mauvais.

Après deux dames d’un certain âge Youri et Den seront nos compagnons de route pour les quelques prochaines heures. L’un est entraîneur de paintball et l’autre un ancien athlète de biathlon. Ils nous montrent des photos de leur famille et échangent dans un anglais approximatif. Google translate s’invite dans la conversation. Den sort une bouteille en plastique, du jus de fruit ? non de la vodka bien sûr!! Tout aussi discrètement nous sortons la petite flasque de rhum pour leur faire goûter. L’ambiance se réchauffe, Den prend Christophe dans ses bras et se marre.

Le lendemain au réveil les couchettes sont soigneusement repliées et une babouchka (grand-mère en russe) remplace nos deux acolytes de la veille.

Notre provodnista (la « maîtresse à bord », c’est elle qui fait la loi et remplit le samovar d’eau pour le thé) est assez agréable et nous échangeons de larges sourires à défaut de longues conversations.

Le train se faufile entre des rangées d’arbres qui cachent d’un côté la forêt et de l’autre de vastes plaines. Les couleurs sont automnales, seuls les bouleaux rappellent l’hiver avec leur tronc blanc et leurs branches noires.

Le soleil se couche de plus en plus tôt sur les grandes étendues. Les nuages roses et mauves ont remplacé les taches blanches dans le ciel. Ils se mêlent aux couleurs automnales des plaines, un camaïeu de orange entre les feuilles encore vives accrochées aux arbres mais bercées par le vent, et celles qui jonchent déjà le sol.

Des villages se succèdent, certains ont l’air abandonné, parfois on ne distingue ni route ni voiture, ni âme qui vive. Autour de chaque ville tombent en décrépitude les usines abandonnées de l’ère communiste.

Un arrêt en pleine nuit, quelques lumières tout autour de nous. Le train dépose des voyageurs encore endormis. A peine ont-ils quitté les lieux que d’autres les remplacent et se couchent à leur tour. Le train se remet en branle, quelques mouvements brusques puis reprend sa course et nous berce.

Des pieds dans le trainQuand on observe le couloir du wagon dans sa longueur on sourit. Des pieds de toutes les tailles (et couleurs) dépassent des couchettes. On aurait presque envie de passer en faisant des guilis mais le Mastodonte derrière nous fait vite passer l’idée.

Un arrêt de 20 à 30 minutes. Des vendeuses ambulantes arrivent vers nous chargées de victuailles et de chapkas en vraie fausse fourrure soufflées par le vent frais s’engouffrant entre les trains. L’une a empalé sur un fil de fer une dizaine de poissons séchés que quelques passagers achètent avec gourmandise. Nous nous demandons bien comment ces poissons se savourent. Nous aurons bientôt la réponse…

4 jours plus tard nous avons parcouru plus de 5000 km, avons changé plusieurs fois de fuseau horaire pour finir à +5h par rapport à Moscou et sommes pourtant restés dans le même pays 😀

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