Après avoir pris la température à Katmandou en glanant quelques informations auprès des marchands, guides et voyageurs que nous rencontrons, nous nous décidons à partir pour le trekking du camp de base de l’Everest sans guide ni porteur. Le sommet de l’Everest à 8848m, point culminant de notre planète attire toujours autant les foules de touristes, randonneurs, alpinistes ou expéditions multinationales à la recherche de challenge pour les uns et de prestige pour les autres.

Le nom tibétain du mont Everest est Chomolangma, qui signifie « Déesse mère de l’univers » et son nom népalais Sagarmartha veut dire « sourcil de l’océan ». L’attraction opère également lentement sur nos esprits de randonneur. L’envie de fouler la base de cette montagne qui fait couler tant d’encre et de glace se fait de plus en plus pressante.

 

Nous prenons ainsi deux jours sur Katmandou afin de régler les quelques formalités administratives et s’équiper correctement contre le froid hivernal. En effet, ici, les mois de décembre et janvier sont les plus froids mais ont l’avantage d’être reconnus comme très ensoleillés. Les températures autour de 5000m peuvent tout de même avoisiner les -20 °C. Soline achète donc une doudoune en duvet supplémentaire dans le quartier touristique de Thamel, nous louons des chaussures étanches et nous nous munissons chacun d’un bon bonnet en laine de yak. Ainsi parés nous voilà prêts pour une nouvelle aventure !!

Le 22 décembre quelques heures avant l’aube nous arpentons les rues désertes et encore silencieuses de la capitale en direction de l’aéroport de Tribhuvan. La première étape et pas des moindres est un vol de 35 minutes dans un avion à hélices de 15 personnes. Katmandou s’élève à 1300 mètres et notre destination est un petit village accroché au flan des montagnes à 2800 mètres. Le vol à destination de Lukla est réputé pour être l’un des plus excitants voire effrayants et dangereux du monde. Très souvent retardés ou annulés en fonction des conditions climatiques, il est vivement recommandé de réserver les vols matinaux. Prévu sur le premier vol à 6h15, nous décollons par chance seulement à 9h30. Cinq minutes plus tard nous survolons les splendides rizières de la vallée de Katmandou et apercevons déjà au loin les premières cimes de l’Himalaya.

Très vite des secousses assez vives accompagnées de quelques cris d’angoisse se font ressentir et nos regards amusés croisent les yeux écarquillés de certains passagers. Au passage des crêtes l’espace entre la carlingue et la roche n’est parfois que de quelques mètres. Rapidement l’avion perd de l’altitude et le bruit des hélices à ce moment ne présage rien de bon. Quelques minutes plus tard nous faisons face à la montagne sur laquelle s’étend une petite piste inclinée vers le haut ralentissant les avions afin qu’ils n’aillent pas embrasser la roche et qu’ils aient la vitesse nécessaire pour décoller dans l’autre sens.

Encore sous l’excitation du vol, nous récupérons nos bagages directement sur le tarmac et entamons avec impatience les premiers sentiers. Ici mis à part les avions il n’y a aucun véhicule et les poteaux électriques sont à peine visibles. Après avoir traversé le premier village, nous voilà plongés dans une vallée de pins au fond de laquelle coule une magnifique rivière bleu turquoise. Levés depuis 4h du matin, nous décidons de nous restaurer après 1h30 de marche sur une belle terrasse de pierres ensoleillée, face au premier 6000 m qui pointe sa dent toute enneigée. En milieu d’après-midi, nous mettons fin à la première journée de marche et nous arrêtons dans une charmante petite lodge du village de Benkar au bord d’une belle cascade.

Après une bonne nuit réparatrice de 12 heures nous démarrons gentiment la journée une fois que le soleil, passé au dessus des hauts sommets, rayonne dans la vallée encaissée. Aujourd’hui nous rallions la célèbre ville de Namche nichée dans une cuvette à 3440m. Les effets de l’altitude se font déjà sentir. Passés les 3000m nos pas se font plus lents. Nous longeons principalement la rivière que nous traversons à plusieurs reprises sur des ponts suspendus décorés des fameux rubans de prières népalaises. Vers 3200m, avant d’atteindre la ville, nous apercevons pour la première fois entre quelques conifères la cime de la montagne tant convoitée!

 

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À Namche, nous commençons à ressentir le froid et par précaution nous achetons donc chacun une paire de gant en duvet. C’est une véritable expédition qui commence pour nous !! Le soir autour du feu nous rencontrons une famille de Sherpa (une ethnie originaire de l’Est du Tibet venue s’installer dans les plaines himalayennes du Népal) dont la mère et le père ont interdit à leur jeune fils ayant la vingtaine de gravir l’Everest. Nous les en félicitons!  En effet, cette montagne bien qu’attirant des milliers d’alpinistes depuis la première ascension réussie en 1953 fait chaque année de nombreux morts à cause d’une mauvaise préparation, du mal des montagnes, du froid et d’importantes avalanches entre autres.

Le 24 au matin, je redescends au village pour acheter quelques victuailles en prévision de notre petit réveillon de Noël. N’imaginez rien d’extraordinaire, elles ne se composeront que d’une boite de « Pringles » et de 100 grammes de « Toblerone ». En effet, cette vallée étant uniquement accessible à pied, l’ensemble des aliments et produits de consommation courants sont montés à dos d’homme par les célèbres porteurs et ce jusqu’à 5180m. Payés au poids, ces hommes repoussent toujours leurs limites (les conséquences peuvent être malheureuses) et ont un physique hors du commun: souvent aussi épais qu’un « câble de frein à main » ils portent parfois des charges de plus de 40 kg sur des dénivelés très importants et des sentiers accidentés. Cela justifie les prix un peu plus élevés.

Aujourd’hui nous passons par les deux villages de Khumjung et Khunde perchés à 3800m et traversons certainement la piste d’aéroport la plus cabossé de la planète. Puis nous descendons prendre notre déjeuner à 3250m pour ensuite remonter à Tengboche à 3800 m, où nous nous nichons dans une petite lodge bouddhiste très accueillante. Une journée assez éprouvante qui se finira autour du poêle avec une bonne bière locale et nos célèbres gâteaux apéritifs suivis d’un gros DAL-BHAT, une spécialité culinaire népalaise constituée d’une grosse plâtrée de riz accompagnée d’une soupe de lentille (le dal), de pommes de terre au curry et le tout est servi à volonté. Et dès 20h30, emmitouflés dans nos gros duvets, en guise de bûche, nous nous délectons de notre douceur chocolatée. Fêter Noël dans un milieu naturel aussi grandiose, que du bonheur!

Le jour de Noël, nous nous préservons et nous élevons seulement de 400m pour arriver à 4200m dans le village de Pheriche. Les premiers maux de tête dus à l’altitude se font ressentir.

Après 4 jours de marche nous nous octroyons une toilette de chat à l’aide d’un peu d’eau chaude diluée dans une bassine. C’est sommaire mais ça fait du bien et qui sait quand nous pourrons nous laver à nouveau.

Le jour suivant, pour ne pas prendre de risque avec le mal des montagnes nous montons encore seulement de 400m au travers d’une vallée magnifique, interminable et caillouteuse.

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L’après-midi, pour acclimater nos corps, nous grimpons à 4900m d’altitude où se situe un mémorial assez émouvant des alpinistes qui ont laissé leur vie sur le « sourcil de l’océan », puis redescendons à la lodge dans la foulée en philosophant sur les raisons qui poussent ces hommes et femmes à défier la montagne. Nos avis divergent parfois, l’un avançant la raison pour retenir ces amoureux de la nature et du risque, l’autre justifiant l’appel parfois irrationnel de la montagne.

Dans notre lodge nous discutons pendant des heures avec deux Sherpas rassemblés autour du seul point chaud de la maison, le fameux poêle, une tasse de thé fumante dans les mains. L’un a gravi l’Everest sept fois, l’autre trois fois (une humble confession) et sagement ils ont décidé d’arrêter cette ascension entre autres pour ne pas provoquer la montagne plus que de raison.

Le 27 décembre nous passons la barre des 5000 mètres. Un des Sherpas devenu guide et rencontré la veille part en même temps que nous. Il marche avec une facilité déconcertante. Ses pas sont d’une légèreté impressionnante. De notre côté, nous avons le souffle court mais la vue est à couper le souffle. Les majestueuses montagnes s’étendent devant nos yeux et nous ne nous lassons pas des ces magnifiques paysages. Après une petite pause déjeuner à Loboje à 4930 mètres et toujours aucun signe du mal des montagnes, nous continuons vers le dernier ilot d’hébergement avant le camp de base, à Gorak Shep à 5180m. Nous longeons enfin le glacier de Khumbu nourri exclusivement par l’Everest.

Assez régulièrement les craquements et les bruits lourds des chutes de blocs de glace nous rappellent que nous sommes bien petits et seulement de passage face à ce puissant colosse déployant ses tentacules glacées.

Heureux d’arriver, surtout Soline :D, nous savons maintenant que nos cibles seront atteintes le lendemain. Notre première nuit au dessus de 5000 mètres fut assez étouffante. Le rythme de la respiration se doit d’être le plus linéaire et régulier possible au risque de manquer d’oxygène à la prochaine bouffée. A cela s’ajoute le froid de plus en plus cinglant. La température dans la chambre descend dans le négatif jusqu’à faire geler l’eau de notre bouteille.

Le lendemain, c’est le grand jour! Nous partons les premiers vers le camp de base de l’Everest en foulant les moraines (roches et pierriers transportés par le glacier) du glacier de Khumbu.

 

Après 1h30 de marche, le chemin se fait de plus en plus escarpé et petit jusqu’à disparaître complètement: les cairns (petit tas de pierres indiquant la direction à prendre) sont absents et seuls quelques drapeaux de prières usés par le vent et l’eau nous laissent croire que nous avançons dans la bonne direction. Vingt minutes plus tard, empêtrer dans un pierrier incertain, nous sommes convaincus de faire fausse route et rebroussons chemin. L’envie d’arriver sur ce fameux camp se fait de plus en plus pressante. Nous retrouvons la bifurcation ratée, Soline aperçoit au loin des drapeaux colorés et quelques minutes plus tard nous trônons fièrement au milieu du glacier de Khumbu sur ce mythique camp de base situé à 5364m d’altitude.

Une séance photos, un petit film et à l’arrivée des premiers groupes nous repartons, direction le Kalar Patar, petit sommet s’élevant à 5545m d’altitude et offrant une très belle vue sur le Mont Everest. Nous arrivons en haut pour le coucher du soleil, moment magique qui restera longtemps gravé dans nos mémoires de petits randonneurs en herbe. Je prends soin avec Soline de faire une dernière photo sur la pointe vertigineuse du sommet et nous redescendons les derniers lacets sinueux dans la nuit noire, froide et étoilée à la lumière de nos frontales.

Pour la descente, n’ayant pas la contrainte des paliers d’acclimatation, nous mettons seulement 3 jours à un rythme assez tranquille mais soutenu. Dans un des villages, nous croisons Pemba, Himal, Dilli et Oshbir quelques enfants népalais en vacances avec lesquels je joue au ballon. Soline en profite pour prendre quelques clichés. Nous leur laissons nos gants de Mongolie et les saluons sportivement. Ce type de rencontre nous laisse penser que la force de vivre de certains peuples face aux évènements malheureux l’emporte sur le désespoir et reste admirable!

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L’ascension vers le camp de base de l’Everest restera un grand moment et un souvenir bien imprégné dans nos têtes. Nous avons déjà envie de revenir au Népal pour retrouver ce peuple formidable et faire un nouveau trek.

Tout s’est fini là où ça avait commencé, à Lukla. Arrivés le 31 en milieu de journée nous retrouvons un couple russe avec qui nous avions sympathisé sur le chemin ainsi que quelques groupes revenus du même trekking avec leurs porteurs et guides népalais. S’en est suivie une soirée de réveillon mémorable. Et cette fois-ci les victuailles étaient plutôt liquides!

Les Népalais sont un peuple incroyablement gentil et souriant. L’ambiance était géniale. Les porteurs ont une énergie débordante malgré ce qu’ils ont sur le dos toute la journée et sont de sacrés fêtards.

Le lendemain réveil à 6h30 pour prendre notre petit coucou et revenir sur Katmandou. Après 12 jours sans grosse toilette nous avons du encore attendre la soirée pour avoir de l’électricité et ensuite s’offrir une bonne grosse douche chaude pour se laver. C’est dans ces moments précis que nous savons apprécier à leur juste valeur les petites choses de la vie.

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10 Responses

  1. Ruth Euzet

    Je sens à travers votre récit beaucoup d’admiration envers les sherpas Népalais, belle leçon d’humanité qu’ils vous ont donnée et qu’ils nous donnent . Des gens simples mais tellement riches à l’intérieur. Le dépassement de soi est constant chez eux. Vous avez quand même pris des risques: du chaotique avion à la piste d’atterrissage, aux chemins escarpés et dangereux et aux effets de l’altitude.
    Merci pour cette Belle Aventure que vous nous faites vivre à travers ce pays.

  2. olivier euzet

    Bravo les jeunes !!! j’attendais avec impatience le récit de cette aventure que vous avez vécue avec brio et intelligence car elle demande beaucoup d’assurance et de respect. Bravo à vous deux… et aux Népalais de leur accueil humble et fort sympatrique. En vous lisant j’aurais aimé vivre ces aventures mais le temps est passé par là… on fera autre chose.
    je vous laisse continuer à vivre votre plaisir et très bientôt d’en vivre un morceau ensemble. je vous embrasse et soyez prudents. papou olivier

  3. Juliette MOUSSEL

    Wahou ça fait des frissons dans le dos votre récit. Quelle belle aventure. 🙂 et un Noel + réveillon inoubliables !!!
    De mon côté,grande aventure aussi quoique très différente LOL l’arrivée de notre petite Garance qui a écouté votre récit bien emmitouflée dans des couvertures. On vous embrasse fort

  4. Jayjay

    Oui bravo à tous les deux !
    Mais après ce récit, tu me feras plus monter dans cet avion! ?

  5. François-Xavier Goehrs

    Je rejoins à la fois Ruth et Olivier! Ruth qui vous trouve un peu imprudents…mais vous ne seriez pas nos enfants si ce n’était pas le cas (mef quand même!) et Olivier qui comme moi vous envie et vous jalouse mais il faut se faire une raison! Continuez de nous faire rêver!!

  6. Biteau Charlotte

    Très beau récit, on est transporté! Depuis le début de votre voyage, cela semble être l’un des pays, qui vous a le plus touchés par ses paysages et son peuple (pour l’instant 🙂 ). J’aime beaucoup la photo de Christophe avec les enfants et celle de vous deux sautant en l’air. J’imagine que ce sont des réveillons de Noël et de Nouvel An, que vous n’êtes pas prêts d’oublier!

    Bravo pour avoir osé cette ascension et votre témoignage plein d’humanité, cela fait beaucoup de bien!

    Prenez soin de vous, on vous embrasse,

    Charlotte, Matthieu et Petit Loulou (il bouge beaucoup 😀 )

  7. laure

    whaouuuuh trop le bonheur de vous lire, j’attendais avec impatience votre récit… J’ai presque eu la sensation d’y être. Vous avez pris des risques mais ils en valaient la peine. Les photos sont vertigineuses !!! Soyez prudents.

  8. Philou

    Dur dur de revenir à la réalité du boulot après quelques minutes sur le camp de base de l’éverest..
    La journée ne va plus être bien longue.
    A bientôt !!

  9. Marina Desbief

    Salut à tous les deux! Votre expérience a l’air top et variée 🙂 c’est un plaisir de se laisser emporter dans le voyage en lisant vos récits. Superbes photos. Profitez-en et continuez à ne pas compter le temps 🙂

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