Du 17 juin au 11 juillet 2016

Après avoir passé la frontière terrestre depuis l’Afrique du Sud vers le Mozambique nous pénétrons sur une terre qui nous dépayse à nouveau et où le rire communicatif des mamas africaines n’en finit pas de nous faire sourire. La langue n’est pas la même, tous les regards des Mozambicains nous dévisagent. La capitale Maputo ne répond pas aux codes urbains qui nous sont familiers, les rues sont parfois défoncées ou en terre et la circulation est chaotique.

A notre arrivée nous nous mettons tout de suite au rythme local, démarche chaloupée tout en douceur, au rythme de la brise et sans stress. Après quelques jours seulement nous avons ralenti le pas au point de se faire dépasser par les Mozambicains.

Nous passons quelques jours dans Maputo pour nous imprégner de son atmosphère et découvrir l’effervescence de la capitale. Nous marchons dans le sable, slalomons entre les arbres en plein milieu des trottoirs. Nous flânons dans le Central Market et nous régalons de noix de cajou et d’un avocat géant. A peine avons-nous franchi l’entrée d’un marché aux poissons qu’un Mozambicain vient à notre rencontre et se porte volontaire pour nous guider parmi les étalages. Nous choisissons quelques crevettes et un petit calamar qu’il nous ôte aussitôt des mains et part cuisiner quelques mètres plus loin. Une heure et demi plus tard le voici notre plat à la main, tel un chef d’oeuvre. C’est un régal !

Nous traversons la ville à pied ou en chapa, le seul moyen de transport collectif et économique. Le rabatteur essaie d’entasser un maximum de personnes dans un minimum d’espace.

Cette course nous mène au marché de Xipamanine en dehors de la ville, réputé pour être le moins cher et vendant tout et n’importe quoi. Nous ne sommes pas déçus: entre les chèvres, poulets encore vivants ou agonisants, les poissons séchés ou frais, les outils de bricolages ou boucles d’oreille, tout est là. Une envie de manucure ou d’une nouvelle coiffure, vous trouverez tout ce que vous cherchez dans cet endroit qui de prime abord semble tout droit sorti d’une époque médiévale. Les chemins sont en terre, des morceaux de chaussures, de tissus, de plastiques forment un conglomérat qui tapisse le sol; les échoppes sont sous des morceaux de tôle ou en plein air. Les vendeurs s’animent, palabrent, plaisantent. Nous sommes les seuls Blancs, on nous regarde, on nous interpelle mais toujours avec bienveillance et curiosité.

Nous décidons de rejoindre Tofo, un petit village au bord de la mer à 500km au Nord de Maputo. A peine installés dans le minibus branle-bas de combat pour entasser les marchandises, les déplacer d’un siège à un autre. Plus les passagers montent plus le jeu de Tétris se complique, on décale les valises et les sacs pour finalement en mettre quelques uns dans le coffre avant d’entasser les autres au fond du véhicule. Deux heures plus tard le chapa se met en route et quitte la ville tout en happant les derniers passagers.

IMG_0501A l’entrée d’un village à peine le bus a-t-il ralenti que des hordes de femmes et hommes paniers sur la tête ou mains pleines de sacs plastiques fondent sur nous, tapent aux fenêtre en nous sommant de les ouvrir pour passer leurs marchandises. Un mini marché s’organise, les voyageurs achètent du pain, des légumes, on propose également des lunettes de soleil et gels douche, il y en a pour tout le monde et tous les besoins. Ma voisine un peu encombrée avec deux enfants dans les bras, je lui en prends un pour la soulager. Après un regard plein de défiance vers les deux Blancs qui lui sourient notre petit homme baisse ses lourdes paupières et s’endort pendant deux heures et demi dans mes bras. Sa mère me propose une grosse cuisse de poulet pour me remercier. Devenue un peu végétarienne depuis que nous sommes arrivés et ayant peu d’appétit à 8h du matin je refuse poliment.

Après 9h de voyage à fond la caisse sur les routes mozambicaines, la musique volume maximum dans les enceinte nous atteignons Inhambane. Puis nous sautons dans un autre bus pour faire les 25km restant. Qui aurait cru que nous pouvions rentrer à plus de 26 dans un combi pour 12 personnes !!! Depuis la banquette arrière, bien serrés les uns contre les autres, nous observons les gens monter et descendre avec l’impression que le bus n’en finit pas de se remplir. Les dernières personnes montées dans le bus sont debout pliées en deux se maintenant comme elles peuvent contre les dossiers de leurs voisins, c’est à peine si la porte ferme.

IMG_9964Nous arrivons au bout d’une heure dans un petit village de pêche où il fait bon vivre. L’ambiance calme, posée et notre petite casa en bambou nous invitent à la détente.

Ici la bière coûte moins cher que l’eau et les produits de la mer sont délicieux. Nous entamons une petite cure les pieds dans le sable à l’ombre des palmiers.

Le trajet vers l’île d’Ibo sera lui aussi un périple mais les paysages qui défilent devant nos yeux valent le détour. En dehors de la ville nous découvrons une autre vie et un commerce qui s’organisent autour de la route principale. Les habitants des petites maisons en terre cuite et toit de paille vendent fruits, manioc, charbons et poulets aux voyageurs qui ont la chance de traverser le pays. Comme c’est le cas pour la majorité des habitants l’eau courante et l’électricité n’atteignent pas ces villages et l’on voit des femmes et enfants porter des bidons jusqu’aux prochains points d’eau. Sans savoir si l’on doit être triste pour eux ou se réjouir qu’ils ne souffrent pas de la misère des grandes villes nous les observons silencieusement. Les enfants d’abord étonnés de voir des Blancs ici finissent pas nous sourire et continuent leur jeu du sèk avec un pneu ou une jante de vélo.

A bord d’un dhaw, bateau à voile traditionnel, nous rejoignons l’île en fin de journée. On a l’impression que le temps s’est arrêté avec la fin du colonialisme portugais. Des bâtiments décrépis sont laissés à l’abandon. Il règne l’ambiance d’une époque révolue qui fut un temps prospère mais qui ressemble aujourd’hui plus à une ville fantôme qui survit plus qu’elle ne vit. L’île de Mozambique nous laissera la même impression. Malgré son passé glorieux et ses monuments qui témoignent d’une vie riche, cet endroit semble déserté mais conserve une âme qui invite le voyageur à se perdre dans les rues pavés.

De tous les trajets que nous avons fait depuis notre départ de France celui nous menant à Pemba restera un de nos meilleurs souvenirs. Alors que nous venons de faire 3h de piste dans un combi nous attendons notre prochain chapa pour la grande ville. Après une heure d’attente dans un petit village au croisement de deux grandes routes un camion s’arrête devant nous et on nous dit de monter dedans. Après quelques minutes nous nous retrouvons assis sur des planches de bois, les pieds sur des sacs de riz, coincés les uns contre les autres. Les enfants sont assis par terre, l’un caresse une poule dans ses bras et les femmes nous observent de leurs yeux rieurs avec un sourire amusé. J’entends bêler au-dessus de ma tête et constate que trois chèvres sont ligotées et posées sur le toit du camion qui fonce à vive allure sur la petite route. Les cheveux au vent pendant plus de deux heures nous finissons par arriver et saluons nos compagnons de voyage.

Le Mozambique a été une belle expérience dans un pays qui n’a pas encore été trop touché par le développement touristique. Qui s’y rend connaît le vrai plaisir de vivre et voyager avec les Mozambicains, le tout sans artifice.IMG_9957

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